Chapitre 9 : L’homme mystèrieux

Hanaëlle avait bien du mal à cacher sa véritable identité dans cette boutique qui était pour elle une sorte de chez-elle. Son monde lui manquait, non pas que le monde des humains ne soit pas attrayant et attirant ; mais elle avait tout perdu. Elle y avait laissé tous ses amis. Du jour au lendemain, elle avait décidé de devenir humaine pour lui. Elle avait fait tout ça pour Oran et elle se retrouvait seule. Heureusement, elle avait rencontré Mariana, qui lui rappelait parfois sa mère de par sa gentillesse. Elle ne lui avait pas dit toute la vérité. Il était vrai que son père l’avait chassée en apprenant qu’elle était amoureuse d’un humain : elle, la future reine des fées ! Comment avait-elle pu oser ? Elle savait simplement que les sentiments ne se commandent pas et qu’elle était prête à tout quitter pour Oran, ce qu’elle avait fait poussé par la colère de son père. Elle savait bien au fond d’elle-même qu’il l’aimait même s’il avait trouvé insupportable l’idée qu’elle, la princesse Hanaëlle, aime un mortel. Mais, rien n’avait pu la retenir dans sa fuite même pas son fidèle serviteur Anauel, qui la connaissait depuis qu’elle était enfant et l’aimait comme sa propre fille. Il avait essayé de la convaincre, en vain. Elle était aussi têtue que son père et avait la rancune tenace. Que de souvenirs douloureux....ne cessait-elle de se répéter. Elle fut interrompue par l’arrivée d’un client peu ordinaire. Il était vécu d’un costume magnifique de velours noir qui rappelait ceux portés au siècle dernier et avait un chapeau de feutre noir qui lui cachait une partie du visage. Mariana était partie faire une course et Hanaëlle était chargée du magasin. C’est sûrement un excentrique richissime, pensa-t-elle. Elle se dirigea vers l’homme qui regardait de très près une statuette et lui demanda s’il n’avait besoin de rien.
- Merci, mademoiselle. Je ne fais que regarder, lui dit-il en lui souriant et en se détournant d'elle pour contempler à nouveau la statuette, qui ne mesurait qu'une dizaine de centimètre et représentait une fée assoupie sur un champignon qu’un petit écureuil regardait dormir.
- Vous êtes sûr. Vous ne recherchez pas un article en particulier ? demanda-t-elle poliment.
- Merci de vous occuper si bien de moi, mais je vous assure que je ne veux que jeter un coup d’œil, répondit-il sans lever les yeux.
- Bien, monsieur.
- Puis-je vous demander quelque chose ?
Il s’était relevé et était plus grand qu’Hanaëlle qui devait lever les yeux pour le regarder. Dieu qu’elle était petite. Sa petite taille était bien plus gênante dans ce monde-ci.
- Oui, bien sûr .
- Quel est votre nom si ce n’est pas indiscret ? Vous n’êtes pas la fille de la propriétaire, il me semble.
- Non, vous avez raison.
Avant qu’elle n’ait pu en dire plus. L’homme avait repris.
- Je ne voulais pas être indiscret. Mais vous me rappelez quelqu’un.
Hanaëlle ne connaissait personne à part les clients de la boutique et quelques amis de Mariana. Très peu de fées, qui vivaient dans ce monde, connaissaient son nom et personne ne devait savoir où elle était. Cela faisait des mois qu’elle s’était enfuie.
- Ca ne ma dérange pas. Je m’appelle Hanaëlle.
Lorsqu’elle prononça son prénom, la physionomie de l’homme changea brusquement. Il porta la main à son cœur. Il semblait faire un malaise. Elle lui proposa de s’asseoir et lui emmena un verre d’eau fraîche. Elle décida de fermer la boutique jusqu’au retour de Mariana.
- Vous allez mieux, monsieur ? demanda-t-elle inquiète.
- Arrête de me vouvoyer, s’il te plait.
Cette voix lui semblait familière. Mais qui était-il ? Hanaëlle recula d’un pas. Elle n’avait pas peur mais ce mouvement fut instinctif.
- Tu ne me reconnais donc pas. Depuis que tu es partie, je suis à ta recherche. Et il a été très difficile de te retrouver.
- Mais cette voix, ne serait-ce pas …
- Mais oui, c’est bien moi.
D’un geste, il retira son chapeau et elle aperçut ses longs cheveux gris attaché par un ruban noir. Elle se jeta dans ses bras et se mit à pleure à chaudes larmes.
- Anauel, Anauel, c’est bien toi. Si tu savais comme tu m’as manqué. Je me suis sentie si seule…
Les paroles jaillissaient de sa bouche. Elle n’arrivait pas à s’arrêter, l’émotion était trop forte. Anauel l’obligea à se taire, essuya de sa main les larmes qui striaient ses joues et la fit asseoir à ses cotés.
- Princesse,…
- Je ne suis plus une princesse, coupa Hanaëlle, qui du coup avait retrouvé tous ses esprits. Elle le fixait, le regard légèrmement courroucé
- Et tu ne me tutoies plus ?poursuivit-elle.
- Hanaëlle, nous avons besoin de toi. Ton peuple a besoin de toi !,s'exclama-t-il la voix pleine d'emotion
Elle se leva brusquement. La colère se lisait à présent sur son visage.
- Je n’ai plus de peuple, mon père m’a reniée parce que j’aime un humain. Je n’ai plus de maison et encore moins de peuple. Je ne suis rien pour vous !
- Vous êtes notre seule chance !
- Je n’appartiens plus au monde des fées !
C’est à cet instant que Mariana entra, Hanaëlle avait oublié de la fermer à clef, et qu'elle aperçut Hanaëlle et cet homme aux oreilles pointues. Elle avait entendu la dernière phrase qu’avait prononcée Hanaëlle , puis ce fut le noir total. Avant de s’évanouir, elle eut cette dernière pensée : C’était donc vrai ! !...


Chapitre 10 : La véritable identité d’Hanaëlle

Mariana se réveilla dans son lit. Elle regarda sa montre. Les aiguilles indiquait onze heures. Elle se demandait bien ce qu'elle pouvait bien faire dans son lit à une heure pareille, un jour de semaine. Les événements de la matinée lui revenait progressivement en tête.Elle se souvenait avoir fait une course et d'être entrée dans son magazin et puis, c'est le noir total. Elle se dit qu'elle devait avoir eu un malaise et que Mariana s'était occupée d'elle comme elle le faisait si bien d'ailleurs, déjà depuis quelques mois. Mais où était Hanaëlle ? C'est à cet instant qu'une phrase lui revint à l’esprit: « Je n’appartiens plus au monde des fées ! » Cette phrase...Cette phrase avait bien jailli des lèvres d’Hanaëlle. Elle en était persuadée. Elle n’avait pas rêvé ! De son côté, la jeune fille, assise sur son canapé favori,ne savait pas comment réagir. Elle avait bien aperçu Mariana qui passait la porte, mais trop tard. La vérité allait donc éclater au grand jour. Tout dépendrait de l’attitude de Mariana. Elle n’avait peut-être rien entendu mais elle savait bien que cet espoir était vain… Peut-être que… La jeune fille était toujours perdue dans ses pensées quand Mariana fit son entrée dans le salon. L’homme à la chevelure grise était là aussi, assis aux côtés d’Hanaaëlle et la regardait avec inquiétude. Mariana ne se souvint pas tout de suite de lui. A force de le regarder, elle se rappela l'avoir entre-aperçu dans la boutique à travers la vitrine et d'avoir trouvé son accoutrement excentrique. Elle ne savait pas quelle attitude adopter. Elle pensait qu'elle devait surement le remerciait d'avoir aidé Hanaëlle à la transporter. Elle savait bien qu'elle n'était pas un poids plume. Hanaëlle, percevant son indécision, prit les devants :
- Mariana, tu m’as fait une de ses peurs. Je n’ai pas compris ce qui t’es arrivé ! Heureusement que ce monsieur a bien voulu m’aider à t'emmener dans ta chambre.
Mariana lui adressa un signe de tête en guise de remerciement et le plus beau sourire dont elle était capable sur le moment.Elle ne savait toujours pas ce qu'elle devait faire. L’homme garda le silence et lui rendit son salut. Il la regardait maintenant avec insistance. Elle avait l’impression qu’il pouvait lire en elle comme dans un livre ouvert. Elle se sentit tout à coup nue et vulnérable. Son regard gris clair la troublait au plus profond d’elle-même. Elle était restée à l’entrée du salon et les dévisageait tous deux. Ils étaient aussi beaux l’un que l’autre et semblaient être entourés d’une aura, qu’elle ne pouvait qualifier que de magique ! Elle décida d’en avoir le cœur net.
- Dis-moi la vérité, Hanaëlle. Qui es-tu vraiment ?
Hanaëlle n’osait répondre. Dire la vérité revenait à trahir une des lois ancestrales des fées, à révéler l’existence du Royuame des Fées et pouvait mettre son monde en péril. Mais mentir à Mariana lui était désormais impossible. Elle était devenue au fil des mois, sa meilleure amie et elle la considérait comme sa famille. Elle savait pertinemment que Mariana était tolérante et ouverte aux idées nouvelles et qu’elle croyait aux fées… Mais elle avait peur que son attitude ne change si elle apprenait que la jeune fille rousse qu’elle avait secourue sans poser de questions était de lignée royale et la future Reine des Fées. Un épais silence flottait dans la pièce. C’est à cet instant que l’homme se leva et prit la parole :
- Je vous présente la Princesse Hanaëlle, fille de son altesse royal Elohim, Roi du Royaume des Fées.

Chapitre 7 : Au chevet de Ceydric

Pensif, Oran était assis sur le rebord de la fenêtre. Son frère s'était endormi. Ce dernier était gravement malade et leur père avait cru nécessaire de le faire venir sans tarder. Il avait dû partir précipitamment et n’avait pas eu le temps de dire au revoir à la jeune fille de la forêt. Il ne connaissait même pas son nom mais elle était dans toutes ses pensées et ne le quittait jamais. Elle lui avait plu dès qu’il l’avait vu. Elle était sortie de nulle part et lui avait demandé la permission de s’asseoir à ses côtés. Ils avaient admiré sans rien dire le soleil achever sa journée en se parant d'une robe couleur rose-orangée dont la beauté les laissa perplexe. Sur la colline, il est vrai, le point de vue était unique, surtout à l'ombre du majestueux viel arbre solitaire qui y régnait en maître. On l'avait surnommé dans la région " l'Arbre aux fées". Une vieille légende disait que quiconque restait suffisamment longtemps, une fois le soleil couché, sans faire un bruit, aurait peut-être la chance de voir de minuscules fées que seul un oeil averti ne confondrait pas avec les lucioles qui l'illuminaient dès la tombée de la nuit. Même si Oran n'y croyait guère plus, il ne pouvait nier la magie qui se dégageait de ce lieu. Entre les racines du vieil arbre, il se sentait à l'abri. Il y allait souvent lorsqu’il se sentait à bout de force et que la tristesse l'accaparait à tel point que toute sensation de joie semblait l'avoir abandonné. Il aimait à contempler les magnifiques couchers de soleil dont la splendeur arrivait à clamer les tourments de son âme. L'état de son frère l’inquiétait énormément. Les médecins étant incapables de définir le mal dont on il souffrait, il s’affaiblissait de jour en jour sans que personne n'y puissent rien. Son père l'avait tenu informé de la situation et dès qu'il l'avait jugé critique, il avait décidé de le faire venir de toute urgence. Un bruit sortit Oran de ses pensées. Ceydric semblait s'être réveillé. Il le regarda, mais il s'était juste retourné. Une immense tristesse s'empara alors de lui. Maintenant qu'il était là que pouvait-il faire de plus? Rien à part passer ces journées au son chevet et de lui parler de la splendide jeune fille rousse qu’il avait rencontré et qui ne cessait de hanter ces pensées. Oran continuait à regarder son frère tout en se remomérant les bons moments qu'ils avaient passés encore, il n'y avait pas si longtemps. Quiconque voyait ces deux frères seraient surpris. Ils étaient aussi différents que complémentaires. Oran était aussi blond que son frère était brun. Ses yeux azurs s’opposaient à ceux de Ceydric, qui étaient de jais. Il était aussi impulsif que Ceydric était prudent. La sagesse de Ceydric lui venait de sa mère, une beauté celte, issue d’une lignée de sang royal. A vingt-neuf ans, il ne cherchait pas à impressionner les gens. C’était un sculpteur hors-pair qui adorait son métier et réaliser de vraies petites merveilles. Il était connu à travers le monde et participait à de nombreux salons. Mais sa maladie, qui s’était déclaré il y avait moins d’un an, l’avait limité dans ses activités, en l'obligeant à rester alité de nombreuses et longues semaines. Ce mal inconnu qui le rongeait ne cessait de croître. Ses parents, fort inquiets, ne savaient toujours pas ce qui en était la cause. Ils n’allaient pas tarder à apprendre qu’elle était lié à leur passé.

Chapitre 8 : Oran et Hanaëlle


En cette fin de matinée, assise à l'ombre dans le jardin attenant à la boutique, Hanaelle n’arrivait pas à sortir Oran de ses pensées. De nombreux garçons lui faisaient la cour mais son cœur ne battait que pour lui. Elle pensait sans cesse aux moments qu’ils avaient passés ensemble sur la colline au pied du vieux chêne à contempler les couchers de soleil… Que de moments agréables ! A leur première rencontre, ils n’avaient pas échangé un mot. A son unique question, il n’avait daigné répondre que par un mouvement de tête en lui jetant un bref coup d’œil. Comme son regard était profond et triste… s’était dit à cet instant Hanaëlle. Ce premier regard l’avait hantée pendant des semaines. Il lui avait rappelé la profondeur de la nuit. Tous les jours, elle allait l’observer en cachette et ne lui rendait visite qu’une fois par semaine. Son père ne devrait être au courant de ses escapades car il l’aurait jamais autorisée à fréquenter ce jeune homme. Même s’il ne prononçait pas un mot, elle avait l'impression de le comprendre, lui et sa profonde tristesse. Malgré cela, une force émanait de lui, une force qui l'apaisait, elle. Elle sentait bien au fond d'elle-même que ce n’était pas un jeune homme ordinaire, qu’il y avait en lui quelque chose de spécial, quelque chose qui l’attirait irrésitiblement vers lui. Au bout de plusieurs semaines, il lui adressa pour la première fois la parole et elle tomba sous le charme de cette voix grave et posée. Il lui parla de cet endroit, des couchers de soleil, de la magie qui s’en dégageait. Elle l’écoutait avec passion, buvant chacune de ces paroles comme un nectar délicieux. Ils ne parlèrent jamais ni d’eux ni de leur vie. Ils ne connaissaient rien l’un de l’autre mais ce qu’ils partageaient était suffisant. Ils semblaient avoir peur de briser la magie du moment qu’ils partageaient. Quand ils étaient sur la colline, ils étaient comme seuls au monde, le monde n’existait plus. Un soir, ils s’étaient jurés d’être toujours là l’un pour l’autre. C’était ce soir-là qu’ils avaient échangé leur tout premier et leur unique baiser. Un moment qu’Hanaëlle n’oublierait jamais et qu’elle graverait à jamais dans sa mémoire. Elle eut envie de tout lui dire ce soir-là : qui elle était, d’où elle venait même si elle savait qu’elle bravait une interdiction ancestrale. Mais, rien n’avait d’importance parce qu’il lui avait dit qu’il aimait et qu’ils avaient échangé leur premier serment d’amour. Mais, elle n'avait pas pu, elle n'en avait pas eu le courage. Après, se souvint-elle douloureusement il avait disparu quand elle avait eu le plus besoin de lui. Il l’avait abandonnée. Elle ne put retenir ses larmes qu'elle essuya d'un geste brusque. Il n’avait pas tenu ses promesses. Une colère sourde l'envahissait mais la tristesse plus pregnante l'emporta. Elle s’était retrouvée seule, sans famille, sans toit, sans aucune des personnes qu’elle aimait le plus au monde. Sous le vieil arbre qui avait perdu à ses yeux toute sa magie, elle avait pleuré une partie de la nuit. A ce moment-là, elle avait pensé mourir de douleur mais la nuit avait laissé place au jour et elle était encore en vie. Elle décida de partir à sa recherche et c’est ce qui l’avait amené devant la boutique de Mariana, cette boutique qui lui rappelait tellement de souvenir. Mais le temps n’était plus à la réflexion, Hanaelle devait partir travailler Mariana devait l’attendre. Mariana ne l’avait pas attendu en voyant la jeune fille pensive au milieu du jardin , le regard perdu dans le vide, elle s’était dit qu’elle n’avait pas à la déranger et avait préféré la laisser seule avec ses pensées. Hanaelle rentra en trombe dans la boutique en s’excusant de son retard. Mariana lui offrit son plus beau sourire et prononca cette phrase qu'Hanaelle trouva quelque peu énigmatique : « Il faut laisser du temps au temps. »

Chapitre 5 : La fée clochette

Tout se passa bien les jours qui suivirent. Hanaelle était appréciée de tous les clients et s'empressait de faire tout ce que Mariana lui demandait. Au bout d’une semaine, elle avait proposé de nouvelles idées de décoration, qui avaient tout de suite plues à Mariana, qui dès la semaine suivante, opéra les changements jugés nécessaires. La boutique re-décorée était plus belle que jamais. Pas de grands chamboulements, mais de simples petits rajouts : des guirlandes de lierre lumineuses par ci, des papillons colorés par là, des couronnes de fleurs sur les étagères. Les fées, qui auparavant décoraient déjà la boutique, avaient été mises en scène. Elles pouvaient se cacher n’importe où dans le magasin, dans un bouquet de fleurs, assise au bord d’une petite fontaine dans le jardin attenant à la boutique, debout sur un chevalet… C’était devenu une des attractions de la boutique particulièrement appréciée des enfants qui s’amusaient à les chercher laissant leurs parents vaquaient tranquillement à leurs occupations. Chaque fois qu’ils en trouvaient une et en indiquaient l’emplacement exact, ils avaient droit au cadeau de leur choix : une image de fée ou un porte-clef, un marque page ou une carte postale voire un mug… C’était Hanaelle qui avait trouvé l’idée et c’était elle qui s’occupait des enfants. Elle les accompagnait dans leur quête et les récompensait. Même ceux qui n’en avait pas trouvé avait droit à un lot de consolation et un baiser de notre « fée maison ». Les enfants l’avaient surnommée « La fée Clochette » parce qu’elle savait énormément de choses sur les fées et qu’elle leur racontait des histoires merveilleuses. Depuis l’arrivée d’Hanaëlle, tous les dimanches après-midi, les enfants ravis se regroupaient autour d’elle pour l’écouter raconter comme elle savait si bien le faire des histoires passionnantes sur « Le Royaume des fées ». Les journées se succédaient et la collaboration entre les deux jeunes femmes portaient ses fruits. Les affaires marchaient bien et une solide amitié s’était liée entre elles, même si Hanaëlle restait très discrète sur ce qui c’était passé. Mariana, ne voulant pas brusquer la jeune fille et même si elle avait des tonnes de questions à lui poser, se retenait du mieux qu’elle pouvait pour ne rien laisser transparaître. Hanaëlle paraissait complètement différente. Elle ne ressemblait plus du tout à la frêle jeune fille au regard triste qui un après-midi de pluie s’était tenue devant la vitrine de la boutique. Elle avait repris des couleurs comme le soulignaient ses joues rosées. Ses yeux, couleur émeraude, avaient retrouvé leur éclat même si de temps en temps, ils semblaient encore voilés de tristesse. Elle adorait ce qu’elle faisait et cela se voyait. Mariana était ravie et fière de sa petite protégée et se disait souvent que les enfants n’avaient peut-être pas tort. Ne dit-on pas que la vérité sort de la bouche des enfants ? C’était peut-être bel et bien une fée après tout… Mais à chaque fois que lui venait cette pensée, elle se grondait, se disant qu’elle était bien trop vieille pour croire encore aux contes de fée.

Chapitre 6 : Révélations


Un mois était passé depuis l’événement et Mariana décida qu’il était temps de parler. Elle savait que la jeune fille risquait de se sentir agressée comme un petit animal blessé mais elle n’avait pas le choix. Aux yeux de la loi, Hanaelle n’était ni sa fille ni un membre de sa famille et elle était encore mineure, donc sous la tutelle de quelqu’un. Elle avait fait passer Hanaelle pour la fille d’une de ses vieilles amies de faculté à qui elle ne pouvait rien refuser. "Comme cette jeune fille voulait travailler , elle avait accepté de la prendre comme stagiaire, ce qui la soulagerait un peu" était l’argument qu’elle proposait aux clients un peu trop curieux. Mais, ses clients l’avaient rapidement félicitée pour son choix en lui faisant remarquer au passage qu’elle avait trouvé une perle rare. De son côté, Mariana pensait de plus en plus à embaucher à plein temps Hanaelle qui s’était révélée d’une aide précieuse, une vraie « petite fée » en somme qui était capable de faire des merveilles avec presque rien. C’était après un très bon repas que Mariana avait fait en l’honneur d’Hanaelle pour fêter son premier mois dans la boutique qu’elle avait décidé qu’il était temps d’aborder les sujets délicats. Assise sur le canapé, Hanaelle était absorbée par le livre qu’elle lisait. Mariana avait décidé de faire un chocolat chaud comme la première fois où elles s’étaient rencontrées pour se donner du courage. Elle deposa la tasse qu'elle avait faite pour Hanaelle sur la table et s’assit à coté d’elle.
- Bois ton chocolat pendant qu’il est chaud. C’est meilleur !
La jeune fille sortit la tête de son livre et vit la mine grave qu’avait adoptée Mariana dont même le ton, qui se voulait pourtant affectueux, était emprunt de tension. Elle déposa son livre, se cala bien dans le fauteuil et but avec délectation une gorgée de chocolat chaud, elle savait qu’elle allait devoir fournir une explication.
- Merci pour le chocolat, il est délicieux, dit-elle doucement.
- De rien. Hanaelle, ça fait un mois que tu vis ici et tu ne m’as toujours rien dit sur ce qui t’avais poussée à venir devant ma boutique…
Elle n’eut pour réponse qu’un profond silence. Mariana poursuivit donc :
- Comme je te l’ai déjà expliqué, tu es mineure et je ne peux pas te garder. On doit te chercher partout. J’héberge même peut-être une fugueuse.
- Je ne me suis pas enfuie, on m’a chassée ! s’était exclamé la jeune fille avec vigueur. Je n’ai plus de maison ! Je ne sais pas où aller… Ma maison, c’est ici… conclut-elle d’une voix à peine audible.
Sa voix s’était mise à trembler et des grosses larmes coulaient de ses yeux. Mariana la prit instinctivement dans ses bras et se mit à caresser doucement ses cheveux.
- Ne t’inquiète pas, va… C’est fini ce gros chagrin ? murmurait-elle à son oreille. Je ne veux pas te mettre à la porte. Je voulais juste savoir si tout allait bien pour toi. Tes parents doivent s’inquiéter.
- Je n’ai plus de parents. Mon père m’a chassé de chez lui. Il m’a dit que je n’étais plus sa fille et qu’il ne voulait plus jamais me voir ! Je ne veux plus JAMAIS retourner là-bas. Il n’y a personne qui m’aime là-bas, personne…
Et elle se mit à pleurer de plus belle. Mariana comprenait sa douleur. Elle savait ce qu’un père, même absent ou même odieux, pouvait représenter. Elle n’avait pas vraiment connu son père et ce manque la faisait atrocement souffrir. Elle vivait ce silence et cette absence comme une absence d’amour. Il n’était pas là , il n’avait jamais cherché à la retrouver parce qu’il ne l’aimait pas. Voir Hanaelle dans cet état lui rappelait sa douleur qu’elle mit de côté pour épauler la jeune fille.
- Il a parlé sous l’emprise de la colère. Il ne pensait pas réellement ce qu’il disait…
Elle fut coupée par le cri d’Hanaelle :
- Je n’avais plus que lui au monde !!!… Pourquoi m’a-t-il fait ça ? Maman me manque tant...
Et elle ajouta dans un cri déchirant de désespoir :
- Pourquoi est-elle partie ??? pourquoi est-elle morte ???…
Son visage était ravagé par les larmes. Elle n’arrivait plus à contenir sa peine, qui semblait intarissable. C’est alors que Mariana se souvient vaguement du nom qu’avait prononcé Hanaelle. Etait-ce Orcan ou Oron ? Elle n’arrivait plus à s’en souvenir mais était persuadée que c’était quelqu’un d’important dans la vie d’Hanaelle. Tenant toujours la jeune fille dans ses bras, elle lui caressait les cheveux, ce qui semblait la rassurer… Elle se concentra et… Oran, c’était Oran, s’écria-t-elle mentalement. Elle tenta une approche :
- Et que pense Oran de tout ça ?
La jeune fille lui adressa un regard étonnée.
- Tu connais Oran. Tu sais où il est ? demanda-t-elle timidement entre deux sanglots.
Elle répondit à regret par la négative . Et ajouta d’un ton qui se voulait désinvolte :
- Je t’ai entendu prononcer son nom quand tu étais évanouie…
Sur le visage de la jeune fille se peignit une expression d’intense déception.
- Je ne voulais pas te faire de la peine. Excuse-moi.
- Non, ça ira. Ca va mieux, dit-elle en reniflant. Merci d’avoir été là, ça m’a fait du bien.
- Mais, je n’ai pas été d’un grand secours, rappela Mariana, qui s’était levée et proposait à la jeune fille une boîte de kleenex.
- Merci, répondit-elle en prenant la boîte.
Mariana qui pensait qu’elles avaient eu assez d’émotions fortes pour ce soir, décida de changer les idées d’Hanaëlle.
- Ca te dirait d’aller au cinéma, si tu n’as pas trop mal à la tête. Je crois bien que tu as pleuré toutes les larmes de ton corps et que tu es à sec pour ce soir.
La jeune fille sourit et inclina la tête . Mariana poursuivit :
- File prendre une bonne douche et retrouve moi ici dans un quart d’heure. Hanaelle se leva et alla se préparer. Mariana ne put s’empêcher de penser que cette jeune fille souffrait terriblement et que malgré sa douleur, elle arrivait à rendre les gens heureux. Elle prit note de ne plus parler ni d’Oran , ni de sa famille qui étaient des sujets encore trop sensibles pour la jeune fille. Elle savait combien était douloureux un chagrin d’amour à cet âge. N’était-elle pas elle-même tombée éperdument amoureuse d’un jeune homme qui avait disparu du jour au lendemain sans laisser de trace sinon son nom. C’est à ce moment qu’entra Hanaëlle qui s’était faite une beauté.
- Mon dieu ! Tu es ravissante ! Mais tu vas me voler la vedette ! C’est moi qui dois trouver un mari, pas toi ! dit-elle en achevant sa phrase dans un éclat de rire qui se transforma en fou rire après la grimace qu’avait faite Hanaelle… Tout n’allait pas si mal, se disait Hanaelle, qui était ravie d’avoir trouvé Mariana sur sa route. Mais elle ne pouvait s’empêcher de penser à ce qui pourrait bien lui arriver. Elle se sentait ,enfin, de nouveau heureuse mais ce qu’elle ne savait pas, c’était que ce bonheur allait être de courte durée et que bien des épreuves l’attendaient encore.
A suivre...
Marypistache

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A certaines saisons et périodes magiques de l'année, il peut devenir visible un instant et les plus chanceux pourront peut-être entrapercevoir quelques facettes de ce fabuleux univers.

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